L'évaluation dynamique de la production phonologique.

  • Laura De Marchi Université de Genève, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Genève, SUISSE
  • Mélodie Matrat Université de Genève, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Genève, SUISSE https://orcid.org/0000-0002-3956-2938
  • Hélène Delage Université de Genève, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Genève, SUISSE https://orcid.org/0000-0003-0754-5110
  • Margaret Kehoe Université de Genève, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Genève, SUISSE https://orcid.org/0000-0001-6428-6157

Mots-clés :

production phonologique, troubles des sons de la parole, bilinguisme, enfants, évaluation dynamique

Résumé

Contexte. L'évaluation dynamique permet d'évaluer le potentiel d’apprentissage des enfants. Elle examine leur capacité à modifier leurs réponses à la suite d’une phase de médiation. Elle s'est avérée efficace pour diagnostiquer les troubles de la parole et du langage et pour planifier l'intervention orthophonique. Ce travail constitue les premiers pas dans l’élaboration d’une tâche dynamique de production phonologique en français, le Dynamique-Dépistage Rapide Articulation et Phonologie (D-DRAP). Cette tâche informatisée est issue de l’adaptation de deux tests existants, le Dépistage Rapide Articulation et Phonologie (DRAP, Niederberger et al., 2021) et le Glaspey Dynamic Assessment of Phonology (GDAP, Glaspey, 2019). En fonction de la production des sons de chaque enfant, le clinicien ajuste l'évaluation en présentant une série d'indices et en manipulant l'environnement linguistique dans lequel le son est produit.

Objectifs. L'étude vise à fournir des résultats préliminaires sur le D-DRAP en examinant quels facteurs influencent les résultats de la tâche. Ces potentiels facteurs sont les suivants : les connaissances en vocabulaire, l'âge, le sexe, le bilinguisme, le statut socio-économique et le groupe diagnostique (trouble des sons de la parole versus pas de trouble). L’étude cherche également à déterminer si les différentes composantes de la tâche (environnements linguistiques et indices) sont efficaces pour stimuler la production des sons et si toutes les structures cibles sont de même difficulté.

Méthode. Les versions statique et dynamique du DRAP, ainsi qu’un test de vocabulaire expressif, ont été administrés à deux groupes de participants, monolingues et bilingues, âgés de 3 à 6 ans : des enfants au développement typique (n = 38) et des enfants avec un suivi orthophonique (n = 11), ces derniers présentant principalement un trouble des sons de la parole. Les tâches DRAP et D-DRAP testent la production de sons et structures acquis tardivement, tels que les clusters et les fricatives.

Résultats. Deux modèles de régression logistique à effets mixtes ont été réalisés : l'un avec un petit échantillon d'enfants comprenant un nombre égal d'enfants monolingues et bilingues (N=23) ; l'autre avec l'ensemble de l'échantillon d'enfants composé de plus de monolingues que de bilingues (N=49). Dans les deux modèles, les enfants bénéficiant d'une intervention pour un trouble des sons de la parole ont obtenu des scores au D-DRAP plus faibles que les enfants ne bénéficiant pas d'une intervention. Le modèle basé sur l'échantillon plus large a également montré l’influence du score de vocabulaire : les enfants avec de faibles résultats en vocabulaire ont obtenu des scores plus faibles au D-DRAP. Nos analyses sur les composants du D-DRAP ont aussi indiqué que certains environnements et indices étaient plus aidants que d’autres. Enfin, certaines structures phonologiques étaient plus sujettes à erreur que d'autres.

Conclusion. Ces résultats préliminaires indiquent que le D-DRAP est une mesure prometteuse pour identifier les enfants présentant des troubles des sons de la parole et pour fournir des informations utiles pour l’intervention en phonologie.

Publiée
29-08-2023
Rubrique
Articles